Ce n’est pas d’hier qu’Isola Beaudin, né à Rivière-Saint-Jean (petite localité située à quelques dizaines de kilomètres seulement à l’ouest de Havre-Saint-Pierre), pêche sportivement. Quand Isola n’a encore que six ans, sa mère l’amène avec elle pêcher la truite de mer (omble de fontaine anadrome ou truite mouchetée migratrice) à l’embouchure de la rivière Godbout (le club privé de la célèbre famille Molson). «C’est bien évident qu’il n’était pas question que nous allions patauger dans les fosses à saumon du club des messieurs Molson! C’est pourquoi je me suis contenté de pêcher la truite de mer à l’embouchure de la rivière, jusqu’à la création de la ZEC à la fin des années 1970», précise-t-il.
A ses débuts comme saumonier, Isola Beaudin utilisait une canne à moucher ne coûtant que 16 $ et il achetait des mouches à saumon montées par des artisans de la région. «Maintenant, je possède une canne à moucher en graphite (fibres de carbone). Pour ce qui est des mouches à saumon, j’ai appris à les monter en regardant faire des artisans et des saumoniers: ça m’a donné le goût de fabriquer mes propres mouches». Sa meilleure saison de pêche du saumon? En 1979: 29 prises; à l’époque, il n’y avait pas de limite au nombre de prises annuelles d’un saumonier et, sur les rivières de la Côte-Nord, il est permis de récolter quotidiennement trois saumons (c’est encore le cas en 1991). Sa plus grosse prise? Un saumon pesant 22 livres et trois quarts (10,32 kg), pris dans la fosse Charles de la ZEC de la rivière Godbout, en 1989, avec une mouche Corneille montée sur un hameçon n° 10 et attachée à un bas de ligne d’une résistance de six livres (2,72 kg).
«Je n’aime plus ça prendre autant de saumons qu’auparavant. Aujourd’hui, lorsque j’ai quatre ou cinq saumons à mon actif durant une saison de pêche, je suis heureux. Ce que je préfère, depuis quelques années, c’est de montrer aux autres comment pêcher le saumon. Aider les autres, c’est une passion pour moi. Je ne me considère pas seulement comme un gardien de rivière et un guide: je suis aussi un animateur et mon rôle consiste à faire connaître la rivière au plus grand nombre possible de personnes, à faire découvrir les fosses aux saumoniers, à faire aimer la Godbout par tous ceux qui s’en approchent», raconte M. Beaudin. Tous ceux qui le connaissent bien vous jureront qu’il dit là la pure vérité. Évidemment, la Godbout est pour lui l’une des plus belles rivières à saumon du monde: «Elle a un potentiel fantastique et elle est accessible. Je vais certainement finir mes jours dessus!», dit-il.
Mais, Isola Maudit Ascapus Beaudin, qui est identifié à la rivière Godbout comme les îles de Mingan le sont à la Côte-Nord, a un petit secret: «Je préfère pêcher la truite de mer! J’aime ça me retrouver seul à l’embouchure de la rivière, aux petites heures du matin, et y prendre de grosses truites de mer avec de petites mouches à truites, comme je le faisais avec maman durant mon enfance. Sans compter que la truite de mer, c’est bien meilleur au goût que le saumon!».