Pourtant, rien ne le destinait à devenir un «mordu» de la pêche du saumon: «Je ne connaissais pas ça. La pêche en rivière ne m’attirait pas vraiment. Mon travail ne me permettait pas tellement de loisirs. Mon père n’avait jamais pris une canne à moucher dans ses mains et ne m’avait jamais initié à cette pêche-là».
Daniel Dufour a alors amassé quelques dollars pour acheter des mouches à saumon montées par «Poune» Roy d’Amqui; malheureusement, il les perdit lorsque son coffret tomba de sa poche. «Je n’avais plus d’argent pour en acheter d’autres et je décidai alors d’amasser mes sous pour faire venir des outils et du matériel de montage de mouches de la compagnie américaine Herter’s. J’ai appris tout seul à faire mes mouches, en copiant les modèles dans le catalogue. Je te dis que j’en ai fait et défait des mouches: je suis un perfectionniste dans tout ce que je fais et je ne pouvais tolérer que mes mouches ne soient pas belles et parfaites! J’ai développé des techniques de montage jusqu’à ce que je sois satisfait de mon travail. Ensuite, je me suis mis à monter entre 2 000 et 3 000 mouches à saumon par année, mais je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait pas d’argent à faire là!…»
Daniel Dufour m’a confié qu’il avait pris la décision, au printemps, de ne plus participer au Championnat mondial de montage de mouches à saumon: «J’ai prouvé ce que je voulais démontrer, c’est-à-dire que je suis l’un des meilleurs au monde dans ce domaine-là. Quand on m’a déclaré champion mondial pour la première fois, en 1987, je croyais que c’était une chance unique; mais, le championnat mondial de 1991 est venu me reconfirmer et ça ferme le dossier pour moi. D’autant plus que plusieurs excellents monteurs de mouches à saumon m’ont avoué qu’ils ne participeraient pas au Championnat mondial tant que je m’y inscrirais. Le seul autre pas que j’aimerais maintenant franchir dans ce domaine-là, ce serait d’être juge de ce concours mondial».
La force de Daniel Dufour. depuis 1986, ça toujours été de présenter des mouches à saumon de sa création: «Ça ne m’a jamais attiré de soumettre au concours des mouches imposées, des modèles inventés par d’autres qu’il faut recopier à la perfection. Je n’aime pas refaire l’ouvrage déjà accompli par un autre: je tiens à produire une oeuvre qui m’appartient totalement». Les créations de Dufour, qui sont exposées en permanence dans les bureaux de la FQSA à Québec ou bien prêtées par la FQSA pour des expositions spécialisées, sont de véritables oeuvres d’art: des mouches très compliquées, à ailes en plumes mariées, aux couleurs chatoyantes, montées dans la tradition des artisans des siècles passés des îles britanniques.
Dufour consacre toujours beaucoup de temps à échafauder chacune de ses créations et à la réaliser. «Je ne fais pas qu’inventer des mouches compliquées pour participer à des concours et à des expositions: je pêche avec mes créations». Son rêve serait de faire publier un livre, dans lequel il expliquerait ses techniques de montage et dans lequel il exposerait la parure de chacune de ses créations. «Mais ça prend beaucoup de fric et je n’en ai pas! En attendant, je ne demande pas mieux que d’initier des copains au montage des mouches à saumon: je reçois actuellement à la maison deux ou trois élèves qui ont l’étoffe de futurs champions mondiaux». La relève semble donc assurée! »