Truites et Nymphes de Rivières
Quand la truite ignore vos offrandes de surface, vous avez tout avantage à varier le menu en lui présentant une nymphe artificielle.
Lorsque mon frère et moi nous engageons dans l’étroit sentier menant à la rivière Chaudière, les premières lueurs du jour envahissent l’est du ciel. Toute la nuit, les gros nuages ont provoqué des ondées sur la région. Un peu avant l’aurore, le vent et les averses nous ont quittés, créant un silence impressionnant que seul le bruit des gouttes d’eau s’échappant des arbres pour percuter les feuilles ou le sol vient briser.
Origine
Dans son volume «Nymph Fishing for Chalk Stream» (1939) Edward McKenzie Skues écrit qu’il refusait de croire à l’efficacité exclusive de la mouche sèche que Frédéric Halford et ses tenants promouvaient. Skues basait ses avancés sur plusieurs centaines d’heures d’observation du comportement de la truite alors qu’il péchait les rivières de son Angleterre natale. L’examen des contenus stomacaux de ses captures venait ensuite confirmer ses constatations. Par son travail de développement de la pêche à la nymphe, G.E.M. Skues a révolutionné le monde de la pêche à la mouche. Il est juste que, dans le «milieu», on le considère comme «le père de la pêche à la nymphe».
Pourquoi pêcher à la nymphe?
Chaque rivière contient des millions d’insectes aquatiques au stade nymphal (ou larvaire). Pour la truite, cela signifie de la nourriture en abondance. Et la truite sait bien en profiter car des études scientifiques ont prouvé que son menu est constitué de nymphes dans des proportions variant de 80% à 90%.
Les nymphes vivent au fond des rivières, agrippées aux roches ou à d’autres débris immergés, enfouies dans la boue ou le sable ou accrochées à la végétation aquatique. Selon le genre rencontré, certaines larves préfèrent des eaux rapides et turbulentes, tandis que les courants semi-rapides et lents constituent l’habitat des autres. Les nymphes se présentent sous des formes et des couleurs variées. Par exemple, les nymphes habitant les secteurs à eaux rapides ont un corps large et de longues pattes afin de pouvoir coller aux roches en dépit du fort courant. D’autres, comme les larves de phryganes, ont la forme de petits vers.
Le pêcheur qui veut imiter des nymphes vivant dans un cours d’eau, doit tout d’abord examiner quelques roches meublant le fond de la rivière. S’il monte ses propres mouches, il place quelques spécimens recueillis dans une fiole contenant une solution d’eau et d’alcool méthylique à part égale ainsi que quelques gouttes de glycérine. Il disposera donc de modèles vrais sur lesquels il pourra copier ses artificielles. Un petit filet d’aquarium est très utile aussi pour recueillir des nymphes dérivant au gré du courant.
Comme la majorité des nymphes vivent cachées, la truite doit profiter des occasions où elles quittent leur repaire pour pouvoir en gober. Ces occasions sont parfois de la volonté des nymphes qui obéissent alors à des lois naturelles; en d’autres temps, elles subissent l’effet de phénomènes extérieurs.
À l'eau haute...
Une crue des eaux bouleverse l’environnement d’une rivière. Les rives sont érodées par l’eau rapide, de débris de toutes sortes charriés et de roches déplacées. Plusieurs centaines de larves incapables de résister, sont entraînées par le courant. Les truites opportunistes se placent le long des berges où la configuration révèle des petites baies où l’eau est moins rapide. Elles profitent aussi des roches qui ralentissent la vitesse du courant, et des longs cirés des fosses. Lorsqu’une nymphe atteint ces secteurs moins agités, elle tente de regagner le fond. Fournissant difficilement un effort constant, elle se contorsionne vivement, prend une pause, puis recommence. C’est une proie facile pour la truite.
À l'eau basse...
Plusieurs possibilités s’offrent au «moucheur». Au cours des périodes où la truite est inactive, du moins en surface, le pêcheur explorera les fosses et les cuvettes, en utilisant une soie flottante ou à bout calant. Les mêmes techniques décrites précédemment, selon que le pêcheur descende ou remonte le courant, sont pratiqués.
LES IMITATIONS
Pendant une migration de larves ou une éclosion, les nymphes artificielles utilisées sont fabriquées de matériel permettant de les pêcher en surface ou entre deux eaux. L’emploi d’une soie flottante s’impose et la longueur de l’avançon varie de 9 à 12 pieds. Au cours de ces périodes, les truites deviennent très sélectives. Le choix de l’artificielle se fait en fonction des critères suivants: la grosseur, la couleur et la forme.
Je me souviens au cours de l’été dernier, d’avoir eu affaire à un groupe de truites qui se nourrissaient rageusement de nymphes en pleine activité. Tout le contenu de ma boîte y a passé sans qu’elles se montrent intéressées par mes offrandes. Voulant en avoir le coeur net, je me suis placé à la fin de la fosse et j’ai enfoncé dans l’eau un petit filet d’aquarium. En le retirant, j’ai remarqué une dizaine de nymphes minuscules que seule une imitation de grosseur # 20 ou # 22 aurait copié. L’artificielle la plus petite que j’avais utilisée était une # 16. Je venais de trouver la cause de mon échec. Cependant, une nymphe artificielle remplissant les trois critères mentionnés précédemment est inefficace si le «moucheur» ne l’active pas. Agiter le scion irrégulièrement ou varier la vitesse de récupération constituent les bonnes techniques pour déjouer la vigilance de dame truite.
Références
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.