Les Paniers de Pêche
L’art de la fabrication des paniers de pêche, quelquefois appelés musettes, est probablement aussi vieux que l’art du tressage lui-même. Comme les matériaux végétaux dont ils étaient constitués résistaient mal au temps, peu ont été conservés en bon état, mais les archéologues datent le tressage de paniers et la fabrication de pièges à poissons tressés au Néolitique et peut-être même avant.
Pour les pêcheurs sportifs des derniers siècles, le besoin essentiel d’utiliser un panier de pêche, en anglais « creel », était de pouvoir transporter leurs captures tout en continuant la pêche le long des rivières. D’instruments utilitaires qu’ils étaient, plusieurs sont maintenant recherchés par les collectionneurs avisés. L’image classique d’un pêcheur le montre souvent avec des bottes, une canne et un panier de pêche.
En ce qui concerne les paniers de pêche tressés, trois principaux modes de fabrication ont été utilisés. Le premier est le type « tressé », surtout en saule ou en osier, où les tiges utilisées sont petites et entrelacées. Le second est le type « tressage en damier » (checkerwork) où les bandes d’écorces ou d’éclisses minces de bois sont larges, et le troisième type est dit « enroulé » ou « en spirale » lorsque les tiges fines de bois sont rattachées et maillées par des tiges d’herbes sauvages. Les deux premiers types étaient fabriqués surtout par les Indiens et les artisans de la côte Est tandis que le type « enroulé » l’était par les Indiens de la côte Ouest. Les artisans modernes ajoutèrent le cuir pour la durabilité et pour lui donner une touche artistique. La plupart de ces paniers possèdent un couvercle ainsi qu’un orifice à la partie supérieure pour y insérer les captures.
Alors que les paniers fabriqués par les Indiens de la côte Est sont le plus souvent sobres dans leurs apparences, ceux que fabriquaient les Indiens de la côte Ouest (Salish, Nootka, Appaches, Navajos) étaient agrémentés de motifs colorés.
Au sein des tribus de la côte Est, on compte parmi les fabricants autochtones de paniers les Iroquois, les Algonquins, les Montagnais et les Micmacs.
D’ailleurs, lors de mon dernier séjour à la pêche au saumon en Gaspésie, j’ai pu acquérir un magnifique panier de pêche tressé par M. John Martin de la réserve de Maria. On m’a dit que cet homme d’un certain âge est l’un des derniers à tresser des paniers de pêche. Comme un si joli travail est souvent copié, à partir des années 1940, la plupart des paniers de pêche tressés bon marché proviennent du Japon. Cependant, quelques artisans persistent à produire des paniers d’une grande qualité et surtout d’une grande valeur, notamment aux États-Unis.
Certaines compagnies américaines ont fabriqué des paniers aujourd’hui très recherchés. Je pense notamment à la compagnie W.H. McMonies & Co de Portland, qui était spécialisée dans la fabrication de colliers et de harnais pour chevaux et dont les paniers de pêche étaient ceinturés de cuir embossé. Quelques-uns de leurs paniers sont munis en plus d’une pochette en cuir à l’avant. Une autre compagnie reconnue dans ce domaine, qui fut active de 1878 à 1927, est la John Clark Saddlery Co., dans l’État d’Oregon.
Il est difficile d’établir la valeur d’un panier de pêche puisqu’on y retrouve rarement le nom ou la signature du fabricant. On peut faire une évaluation en identifiant le type de tressage, le design et les motifs, lorsqu’il y en a. Pour ceux qui veulent approfondir le sujet, un excellent ouvrage a été produit récemment. Il s’agit de The Art of the Creel par Hugh Chatham et Dan McLain, publié par Blue Heron Publications, de Enns, au Montana.
Références
» Saumons illimités #54, Été 1999.