Les Mouches-Tubes (2)
Tel que promis dans la parution du printemps 1995, nous abordons aujourd’hui la mouche-tube au Québec et ses techniques particulières de montage.
Ce type de mouche semble le plus méconnu des mouches utilisées en Amérique du Nord, et tout spécialement au Québec. Premièrement, nous sommes des saumoniers qui commençons la saison avec des mouches de type streamer, longues et bien garnies. Nous voulons qu’elles s’approchent le plus près possible du fond de la fosse. Nous utilisons aussi des mouches de types Spey et Dee pour les mêmes raisons. Parfois, quelques vieux saumoniers utilisent même encore l’affreuse mouche Patente, une mouche garnie d’une aile fabriquée avec la moitié de la queue d’un chevreuil et montée sur un hameçon #6/0; cet hameçon pourrait du reste servir d’ancre à bateau.
Quand le niveau de l’eau commence à baisser, commence la valse des mouches à ailes en poils et, pour certains, en plumes, souvent montées sur hameçon double #2/0 au #2. C’est aussi, pour quelques irréductibles de la mouche sèche, le temps de faire courir les grosses au-dessus des flèches d’argent en attente sur les roches dans la profondeur de la fosse.
J’ai fait connaissance avec ce type de mouche voilà cinq ou six ans, par l’entremise de Jacqueline Lecomte qui, au retour d’un voyage assurément scientifique en Angleterre, me rapporta certaines belles plumes de cygne et quelques mouches utilisées par les saumoniers britanniques. Madame avait effectué ces achats chez Farlow’s, dépositaire de Mouse of Hardy, sur Pall Mail Street à Londres. Les quelques mouches-tubes qu’elle m’a rapportées varient de 1/ 2″ à 2″ de long et sont montées sur des tubes de plastique de rigidité moyenne. J’ai essayé de trouver des tubes sur le marché québécois mais sans succès. J’ai alors commandé mes premiers tubes chez Farlow en Angleterre. Ce fut une déception: tube plutôt mou, avec un embout à chaque extrémité, tube qui se refermait lors du montage, très difficile à sortir de son support et surtout à prix excessif.
J’avais lu dans certaines revues que les Européens utilisaient des tubes en laiton ou en cuivre. J’en ai fait l’essai, et j’en conclus que les mouches-tubes montées sur les tuyaux de métal sont, selon moi, des mouches plombées, une façon subtile de pêcher avec une mouche hors la loi, une mouche braconnière. Un autre type de mouche-tube nous est proposé par les pêcheurs d’outre-Atlantique: la mouche-tube avec un tube de plastique ou de métal, garnie à l’arrière d’un tube en caoutchouc flexible, ce qui permet de maintenir le trépied en place et l’empêche de tourner. J’ai fait l’essai de ce type de montage et je considère qu’il s’agit d’un illogisme pur et simple. Voyez-vous, l’efficacité de la mouche-tube lui vient de son action de rotation. Si l’on fixe l’hameçon au tube, on serait aussi bien de pêcher avec un «streamer» ou une longue «noyée».
Pour commencer, il faut couper le tube de la longueur voulue avec une lame de rasoir (les ciseaux écrasent les bouts) et y introduire une aiguille à laine de diamètre extérieur se rapprochant le plus du diamètre intérieur du tube. L’aiguille doit être solidement fixée par le chas entre les mors de l’étau de montage. Cela l’Immobilisera correctement.
Vous pouvez monter le corps comme vous le faites pour les autres types de mouches noyées ferret, cul, fraise, côtes, corps. Pour l’aile, cependant, il faut tenir compte de trois éléments. En premier lieu, les poils doivent faire tout le tour du tube; ensuite, l’aile doit être peu garnie et, finalement, les poils doivent excéder le bout arrière du tube de + ou – 1/4″.
Comme je vous le mentionnais précédemment, l’efficacité de cette mouche, lorsqu’elle parade au-dessus de salar, vient di mouvement de rotation effectué autour de l’avançon qui lui sert de moyeu. Au cours de mes essais, j’ai souvent constaté que le noeud qui attachait l’hameçon avait tendance à entrer à l’intérieur du tube, ce qui empêchait le tube de tourner sur le monofilament. Il fallait absolument que je trouve quelque chose pour corriger cela.
En feuilletant une vieille encyclopédie de pêche, je suis tombé sur un article traitant de la fabrication des leurres tournants en métal pour la truite. L’auteur conseillait l’utilisation de perles trouées en verre ou en plastique pour faciliter la rotation de la cuillère sur le fil de métal. J’ai donc fait quelques essais sur mes tubes et les résultats se sont avérés particulièrement intéressants. J’avais réglé mon problème. Vous trouverez ces perles de verre ou de plastique dans les boutiques de passe-temps. Ce sont les perles utilisées par les autochtones pour décorer les vêtements et d’autres objets.
la Rusty Rat en version mouche-tube
Fil de montage : 6/0 ou 8/0 blanc.
Ferret : 2 enroulements de laminette ovale dorée.
Côtes : Laminette ovale dorée.
Corps : 1/2 arrière : filoselle rouille; 1/2 avant : franges d’une plume de traîne de paon.
Ailes: Poils de garde de renard gris, doivent couvrir tout le diamètre du tube et déborder l’arrière du tube de • 1/4″
Tête : Rouge.
Références
» Salmo Salar Automne 1995.